Michel-Ange par Volterra

Daniele da Volterra, Michel-Ange, XVIe siècle, Bronze, H. 30cm, Paris, Musée du Louvre

Il est des oeuvres qui nous frappent au premier coup d’œil, pour le réalisme de la scène ou du personnage représenté, pour la technicité de l’artiste, pour les dimensions -minuscules ou gigantesques- du tableau ou de la sculpture, par la somptuosité des couleurs, par l’équilibre de la composition…

Il est aussi des œuvres qui nous frappent parce qu’elles ont une âme.

Dans les salles les plus connues et les plus courues du Louvre, il y a des œuvres qui passent pourtant tout à fait inaperçues parce qu’elles ne font pas partie des incontournables, parce qu’elles sont parfois logées dans des recoins insoupçonnés…

C’est le cas de ce portrait admirable de Michel-Ange (1475-1564), réalisé de son vivant par son fidèle collaborateur et ami Daniele da Volterra (1509-1566).

Cette petite sculpture est présentée tout discrètement dans la Galerie Michel-Ange de l’aile Denon, tout près d’une fenêtre et derrière un banc, face aux géants esclaves du même artiste. Ou le maître contemplant son œuvre…

Dialogues secrets des œuvres dans le brouhaha de la foule.

Cette sculpture m’a touchée pour cela: parce qu’elle se fait discrète dans cette salle immense peuplée de chefs-d’œuvre, parce que le regard pénétrant de l’artiste sur le côté se fait bienveillant sur son œuvre accomplie. Une sagesse immense mêlée d’une satisfaction modeste naît dans ce regard.

Mais ce petit bronze m’a semblé tout à fait extraordinaire parce qu’il me permettait de mettre enfin un visage sur l’artiste universel que  fut Michel-Ange. La sagesse habitée qui, à mon sens, se dégage de ce portrait a terminé de me troubler tout à fait.

Volterra fut un fidèle collaborateur de Michel-Ange, il travailla avec lui à de nombreuses reprises, notamment pour la réalisation des fresques de la chapelle Sixtine… Après la mort de Michel-Ange, ce fut Volterra qui fut chargé de recouvrir la nudité des personnages de ces fresques, à la demande du pape Paul IV.

Dans ce portrait on parvient à ressentir combien Volterra était proche de Michel-Ange: il a su retranscrire son état d’âme avec brio. Cette œuvre est l’exemple même de la si juste remarque de Paul Klee: « l’art ne reproduit pas le visible, mais rend visible ».

Daniele da Volterra, Portrait de Michel-Ange, Dessin à la pierre noire, Haarlem, Musée Teylers

Volterra réalisa plusieurs autres portraits sculptés, peints ou dessinés de son ami, comme en témoigne ce dessin conservé au Musée Teylers d’Haarlem. On y retrouve la même expression à la fois douce et sévère de l’artiste, parvenu à un âge respectable.

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Pour en savoir plus:

V. Romani, Daniele da Volterra amico di Michelangelo, Florence, 2003

L. Treves: ‘Daniele da Volterra and Michelangelo: A Collaborative Relationship’, Apollo, Août 2001, pp. 36–45

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