Le Fort et l’Abbaye Saint-André à Villeneuve-lès-Avignon

Le fort Saint-André vu d'Avignon

Le fort Saint-André vu d’Avignon

Voilà un lieu fort méconnu des touristes et parfois même des habitants de la région d’Avignon. Ce fort militaire dont la construction a débuté au XIIe siècle, domine la vallée du Rhône faisant fièrement face au Palais des Papes sur l’autre rive. On le voit de très loin et pourtant, ce monument exceptionnel par sa conservation et ses caractéristiques architecturales, géré par le Centre des Monuments Nationaux, n’accueille qu’environ 35 000 visiteurs par an. Face aux 650 000 visiteurs du Palais des Papes, on se demande bien où sont passés les touristes. Cependant, heureusement qu’il existe de beaux lieux comme celui-ci qui permettent de venir se ressourcer en toute tranquillité. Partons à la découverte de cette forteresse si atypique…

Une zone frontalière

La chapelle Sainte Casarie © Le Jardin des Arts

La chapelle Sainte Casarie © Le Jardin des Arts

Les premières traces d’occupation à l’emplacement du fort remontent à la Préhistoire, mais c’est véritablement au Xe siècle que cette colline appelée mont Andaon, va prendre de l’importance. En effet, c’est en 999 qu’une première abbaye est construite au sommet. Elle est destinée à abriter les reliques de Sainte Casarie, qui s’était retirée sur cette montagne avant d’y mourir au VIe siècle.

Dès lors l’abbaye connaît une grande prospérité et compte jusqu’à 80 moines au Moyen Age. Une population nombreuse vient vivre autour de l’abbaye. C’est alors que le mont Andaon dominant la vallée du Rhône va prendre toute son importance: il est situé sur les terres du Comté de Toulouse, face aux terres du Comté de Provence. En 1032, à la mort de Rodolphe III de Bourgogne, le comté de Provence est rattaché au Saint Empire Germanique.

Par liens dynastiques, la partie Nord du comté de Provence est rattachée en 1193 au Comté de Toulouse. Puis en 1274 et 1348, le Comtat Venaissin puis la ville d’Avignon sont cédées au pape. Ainsi le mont Andaon, appartenant toujours au Comté de Toulouse ayant fait allégeance au roi de France, se retrouve face à la puissance pontificale.

Carte de la France au XIe siècle, la frontière entre les terres du Royaume de France et le Saint Empire Germanique ayant intégré le Comté de Provence. © Wikipedia

Carte de la France au XIIe siècle, montrant l’état des Comtés de Toulouse et de Provence face aux états pontificaux. © Wikipedia

Dès le début du XIIIe siècle, le roi Louis VIII (1223-1226) prend conscience de l’intérêt stratégique du mont Andaon. Désirant étendre le domaine royal vers le Sud et l’Est, le roi signe un acte de pariage avec l’abbaye Saint-André qui la dégage de l’influence de l’évêque d’Avignon et des éventuelles convoitises dont elle pourrait faire l’objet.

Niche à coussièges des remparts du fort Saint-André © Le Jardin des Arts

Niche à coussièges des remparts du fort Saint-André © Le Jardin des Arts

Cet accord est renouvelé par Philippe le Bel (1270-1314) qui signe un nouvel acte de pariage en 1292, dans lequel il montre sa volonté d’assurer la protection du lieu par la construction d’un fort qui protégerait l’abbaye et le village des bandes armées ravageant alors les villes et villages du Sud de la France. Mais c’est seulement sous Jean II Le Bon (1350-1364) que le fort sera véritablement mis en œuvre puis terminé sous le règne de Charles V (1364-1380).

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Un site stratégique

La Tour Philippe Le  Bel © Le Jardin des Arts

La Tour Philippe Le Bel © Le Jardin des Arts

Quand l’on se trouve au sommet des remparts du fort Saint-André il est tout à fait facile de repérer les monuments stratégiques de cette partie de la vallée du Rhône. Il suffit d’observer: le palais des Papes dont la silhouette se découpe à l’horizon, le pont d’Avignon qui à l’époque traversait le Rhône tout entier, la tour Philippe Le Bel qui agite son drapeau, l’abbaye de la Chartreuse en contrebas, et enfin l’abbaye de Saint-André située dans les remparts mêmes du fort Saint-André.

Ces monuments témoignent, rien que par leur présence, des rapports de force qui régissaient de ce petit morceau de territoire.

Le Palais des Papes © Le Jardin des Arts

Le Palais des Papes © Le Jardin des Arts

L’acte pariage signé par l’abbé et le roi prévoit la construction du Fort Saint-André et de la tour Philippe Le Bel à l’extrémité du pont d’Avignon. Ceci doit permettre au Roi de contrôler ce qui constitue l’une des principales routes commerciales de la région, et l’une des seules traversées possibles du Rhône à des dizaines de kilomètres à la ronde. Tous deux constituent la marque de l’avancée de la monarchie capétienne face à Avignon, résidence des Papes à partir de 1309. La fondation par le pape de la Chartreuse de Val-de-Bénédiction en 1356 au pied du Fort Saint-André rappelle elle aussi les rapports de force entre le roi et le pape pour la gestion de ce territoire convoité.

La Chartreuse de Val Bénédiction © Le Jardin des Arts

La Chartreuse de Val Bénédiction © Le Jardin des Arts

L'Abbaye Saint-André © Le Jardin des Arts

L’Abbaye Saint-André © Le Jardin des Arts

Une forteresse préservée

Le site du mont Andaon a conservé encore aujourd’hui sa division entre le spirituel et le temporel, la vie religieuse et la vie civile. L’abbaye et ses jardins (à droite de l’allée centrale) est aujourd’hui une propriété privée ouverte au public, tandis que le fort militaire en lui-même (à gauche) est géré par le Centre des Monuments Nationaux.

Plan du fort Saint André © CMN/Philippe Biard

La visite du fort permet de circuler parmi les rares vestiges des maisons médiévales du village, de monter sur le chemin de ronde, de visiter la chapelle Notre-Dame de Belvezet qui fut l’église paroissiale des habitants du fort. Celle-ci était le pendant de la chapelle Sainte-Casarie, qui était sous la protection des moines.

Chapelle Notre-Dame de Belvezet © Le Jardin des Artsa

Chapelle Notre-Dame de Belvezet © Le Jardin des Arts

Le fort avait une dimension protectrice. Installé sur le mont Andaon, très escarpé, les remparts ont été édifiés essentiellement au Sud, dans la partie la plus exposée du site. L’entrée dans le village se faisait de ce côté, par le châtelet d’entrée très imposant dont on peut aujourd’hui visiter les salles et ainsi appréhender les différents espaces d’un fort militaire: la salle des herses, les prisons, les latrines, la salle du viguier où le représentant du roi rendait la justice.

Châtelet d'entrée du Fort © Le Jardin des Arts

Châtelet d’entrée du Fort © Le Jardin des Arts

Chemin de ronde du Fort © Le Jardin des Arts

Chemin de ronde du Fort © Le Jardin des Arts

L’essor du pouvoir religieux

Vue de l'abbaye Saint-André au XVIIIe siècle, extrait du Monasticon Gallicanum

Vue de l’abbaye Saint-André au XVIIe siècle, extrait du Monasticon Gallicanum

L’abbaye connut pendant tout le Moyen Age un essor considérable. Comptant jusqu’à 80 moines, elle possède de nombreux prieurés, églises, monastères sous sa domination dans toute la région. En 1024 est édifiée l’église conventuelle Saint-Martin qui fera place un peu plus tard à l’église Saint-André, qui laissa son nom à l’abbaye. Cependant aux XVe et XVIe siècle, la mise en commende de l’abbaye provoque son déclin peu à peu. Le roi nomme en effet les abbés, qui ne vivent pas forcément sur place, et profitent seulement des revenus que leur confère leur position. Peu à peu les moines abandonnent les lieux et les bâtiments tombent en ruine.

Au XVIIe siècle, l’abbaye est rattachée à la Congrégation de Saint Maur et va peu à peu retrouver son rayonnement d’autrefois. Prônant un retour à la discipline monastique, à l’ascèse, et au respect de la règle bénédictine, les mauristes vont impulser un vaste programme de reconstruction qui modifie complètement profondément l’aspect du monastère. Des bâtiments de style classique, très massifs vont englober l’ancienne abbaye romane.

Au moment de la Révolution Française, les biens de l’abbaye Saint-André sont confisqués et le 3 septembre 1792 les moines reçoivent l’ordre de se disperser. Vendue comme bien national, l’abbaye est alors en grande partie démolie et ses matériaux revendus.

Il ne reste aujourd’hui qu’une toute petite partie des bâtiments conventuels, transformés en habitation. Les jardins ont été entièrement redessinés et abritent des vestiges remarquables de l’église monastique, de la nécropole des religieux. Seule a été entièrement préservée la chapelle Sainte-Casarie au sommet des jardins, qui rappelle la fonction protectrice de l’abbaye pour les reliques de la sainte.

De l’abbaye aux jardins

Jean-Baptiste-Camille Corot: Villeneuve-lès-Avignon, le Fort Saint-André, 1836, Musée des Beaux-Arts de Reims

Le fort Saint-André, qui fait partie du paysage des environs d’Avignon, inspira de nombreux peintres attirés par les lumières du Sud de la France. Sa silhouette se détachant parfaitement sur le ciel lui donne un aspect très graphique que sut parfaitement saisir Corot. Mais plus que le fort en lui-même ce sont les jardins de l’abbaye qui sont un véritable ravissement.

C’est grâce aux grands chantiers menés par Gustave Fayet et d’Elsa Koeberlé au début du XXe siècle, que les bâtiments monastiques qui subsistaient sont restaurés et que les jardins sont créés. Roseline Bacou, petite-fille de Gustave Fayet et conservatrice au musée du Louvre, poursuivit fidèlement l’œuvre de son grand-père jusqu’à son décès 2013.

La visite de l’abbaye ne concerne aujourd’hui que les jardins. Figurant parmi les plus beaux jardins de France, ils sont une véritable invitation à la rêverie, à la promenade romantique. Étagés sur plusieurs terrasses, jardins à l’italienne et jardins à la française se succèdent avec harmonie, permettant une vue dominante sur le bassin du Rhône, le Palais des Papes, et le mont Ventoux.

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Informations pratiques:

Jardins de l’Abbaye Saint André (ouvert tous les jours sauf le lundi): tarif plein 6€, tarif réduit 5€.

Fort Saint-André (ouvert tous les jours): tarif plein 5,50€, tarif réduit 4€, gratuit pour les moins de 26 ans.

Chaque année, en septembre, est organisée une exposition d’art contemporain dans les jardins.

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